
Jeremy Bentham 1748-1832
Jeremy Bentham obtient son Bachelor puis son Master of Arts au Queen’s College d’Oxford. Comme son père il s’installe d’abord comme avocat en 1769. Il est rapidement dégouté de la législation et de la vie judiciaire anglaises. De là, il s’efforce de distinguer l’expository jurisprudence de la censorial jurisprudence (conflit entre ce qu’est le droit et ce que devrait être le droit). Il se propose alors pour objectif de construire un nouveau système qui deviendra l’utilitarisme.
Selon l’utilitarisme de Bentham, l’individu cherche à maximiser son bonheur en faisant pour chacune de ses actions la balance entre la peine et le plaisir procurés. Le balancier se meut selon l’interaction des sept forces caractéristiques du plaisir (durée, intensité, certitude, proximité, étendue, fécondité, pureté). Dans la pensée de Bentham, l’État a une place importante, il lui revient de garantir les libertés individuelles en maximisant le bonheur collectif. Une loi est alors jugée bonne ou mauvaise selon le degré de plaisir qu’elle procure.
Toute l’Œuvre de Bentham s’inscrit dans l’utilitarisme. La troisième édition ici présentée est celle de Bruxelles publiée en 1840. La traduction a été établie par Etienne Dumont sur la base des manuscrits de Bentahm. Le contenu de ces trois tomes n’appartient pas intégralement au droit privé. Pour ne pas disperser les tomes au sein du portail, il était plus simple de tous les rassembler au-même endroit, par souci de clarté.
Parmi nos juristes contemporains, Michel Villey fut très critique à l’égard de la pensée de Bentham. Il lui reprochait dans sa conception du droit de confondre le bien avec le désir. Ainsi il écrivit dans ses Carnets [1] « Au lieu d’expliquer le désir par le bien, qui est sa cause ; par le fait du désir saisissable par les instruments de la science, ils (Bentham, puis Freud) ont expliqué nos idées du bien. Ils ont tout ramené au sujet, afin d’accomplir la réduction des causes finales à la dimension du fait scientifique. Or la fin était forcément extérieure, inhérente à l’être. » et il ajoutait « De là donc l’idole du "plaisir" dont le benthamisme a fait une fin. Le plaisir n’est pas la fin de l’homme. C’est une notion abstraite issue d’une dissection du réel, où précisément le savant a fait abstraction de l’être hors de l’homme, et des plus belles parts de l’intention de l’homme dans l’amour. Et sur la "pulsion" du plaisir, cette réduction du réel, Freud a rebâti son système. »
On se reportera aussi au commentaire, rédigé par Philippe Raimbault, sur l’ouvrage de Guillaume Tusseau [2], paru dans la Revue internationale de droit comparé, vol. 54, n° 3, Juillet-Septembre, pp. 902-905, également disponible sur Persée.
[1] Michel Villey, Réflexions sur la philosophie et le droit. Les Carnets de Michel Villey, textes préparés et indexés par Marie-Anne Frison-Roche et Christophe Jamin, XX-72 et XX-81, respectivement p. 409 et p. 410, Paris, P. U. F., 1995
[2] Guillaume Tusseau, Jeremy Bentham et le droit constitutionnel. Une approche de l’utilitarisme juridique, Paris, L’Harmattant, 2001